Bruits 

"Je ne suis plus qu’une ossature. Ma poitrine dépouillée ressemble à une planche de tôle ondulée. Sur mes côtes, ma femme a râpé des betteraves rouges."

Du bruit, il y en a en Haïti : le bruit de la rue, le bruit des balles, les bruits qui courent, celui des vieilles voitures qui roulent dans les nids-de-poule, celui des commerçants ambulants… Certes… Mais en quoi Karl Valentin, cet auteur comique munichois de la fin des années 30, tombé dans l’oubli après la guerre puis redécouvert et remis au goût du jour dans les années 70 dans de nombreux pays européens, en quoi ce précurseur du théâtre de l’absurde pourrait-il concerner des acteurs et un public aujourd’hui ? Et bien justement : Les dysfonctionnements, les frictions entre monde rural et urbain, entre tradition et modernité, sont aujourd’hui probablement plus aigus, dans les pays du Sud que dans les nations industrialisées. Les relations entre maîtres et valets relèvent du folklore historique pour le comédien du nord alors qu’en Afrique même des gens pauvres gèrent des domestiques. Dans certains pays, l’influence sociale et politique de confréries religieuses rendrait audacieuse et même subversive une interprétation de Tartuffe, telle que Molière dût la subir de son temps. Certains textes du répertoire occidental peuvent donc paradoxalement résonner avec plus d’impact dans tel ou tel autre temps, tel ou tel autre lieu ou contexte. C’est le cas des représentations du spectacle que nous avons produit en Haïti. En Belgique, la production de Bruits, outre qu’elle soit une purgation apaisante par le rire, est bien pour la Charge du Rhinocéros une belle manière de faire la lumière sur cette île oubliée.
Powered by Etomite CMS.